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Voir Diomir

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  - Je ne veux plus sortir des sentiers perdus ! Moins je vois de monde, mieux je me porte. Une bonne discussion, tu vois, comme celle-ci, tous les trois mois, me suffit. Donne-moi un millier de bons livres, une cheminée, du bois sec, et je suis le plus content des hommes. - Vieil ermite que tu es, et présomptueux en plus ! T’es trop sûr de toi. D’ici cinq ou six jours, si on s’y met pour de bon, en direction de l’est, on rencontre Diomir, une cité constellée de coupoles grises chromées, de bustes de dieux orgueilleux, de rues soudées comme un circuit imprimé, où sillonne une troupe simiesque, et un coq sur une tour tient lieu de réveil. Ces merveilles, Onésime, t’impressionneront-elles ? Peut-être est-ce effectivement le lot commun des villes des Pouilles. Écoute bien, le propre de celle-ci est que si l’on se pointe un soir de septembre, lorsque les jours se couchent plus vite et que de simples bougies illuminent les bords de fenêtres des friteries bondées, que l’une d’elle s’ouv

Janus horribilis

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      Nom de yi ! L’annus horribilis finira t-elle ? Ciel, veux-tu bien prendre mes gémonies ? J’ai soupé tant d’amour en distanciel que — maodite chirie — la nuit je vois des vagues seins pointus ! La fièvre monte mais tétons négatifs, je veux dire, restons négatifs... malgré les envies de barricades et de me foutre en l’air, je me tiens sage… un jour, oui, je te les magannerais ces décideurs... Dans ma tête ça tourne en boucle... est-ce qu’elle me trompe des fallopes ? Le test n’a que trop duré. Je ne serai pas le vengeur masqué. J’irai tête haute et regard droit, le sourire en coin peut-être, t’envoyer valser tous ces folaod. En attendant l’hypoxémie heureuse, sous des trombes d’eau, je brais comme eune veuille chérette . Si vous saviez comme je me lave les mains des malheurs du monde... Pourvu que j’en vois le bout ! Bouffre ! ------------------------------------ Expressions gallo (l’ancienne langue vernaculaire de Haute-Bretagne) : Nom de yi : nom

L'arène

  Quand je pense à ce branleur qui imitait Ben Harper au printemps 2005 sur la pelouse fatiguée du lycée Alexandre Dumas.... Grand gaillard, caleçon apparent, mielleux, bien-pensant, habile avec les filles. Mais gentil comme tout. Quinze ans après, après avoir rêvé de lui peut-être, avoir été empli de son image en tout cas au petit matin, je le croise dans le métro, et ne parvenant à détacher mes yeux de son visage, il me dévisage à mon tour. Je sais alors que c’est bien lui, car il s’approche aussitôt, ravi : « Ça alors, Guillaume, t’as pas changé ! ». Faut croire que je suis toujours aussi mal fagoté. Lui non plus, à part sa calvitie galopante et sa chemise repassée sous une ceinture Hugo Boss, il n’a pas changé. Tout change et rien ne change. Il a toujours le même air étonné auquel je ne peux pas me faire. Tout change, certainement, mais je ne remarque pas ses jeunes rides, et je dois me raisonner pour me dire que cette peau dûment rasée chaque matin n’est pas celle d’il y a qu

Matutinal et bien habillé...

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Matutinal et bien habillé, à l’orée de l’automne je me baladais dans un complet taillé au cordeau sur le bitume inutile pavant mon chemin deux fois par journée depuis - temps damné ! - que je roulais ma bosse à instruire aux gosses des notions de dates et de cours d’eau. Lorsqu’un miasme putride explosa à mon nez dûment masqué je faillis défaillir, en ôtant le tissu un roulis de tambours tonna dans mon cœur simple à bouillir comme les rafales de l’OTAN. Las j’avais été vu : démasqué. Bientôt pris en chasse par la maréchaussée, j’empruntai une échelle, montai dans mes tours. J’y vérifiai mes chaussures en quête de crotte en lâchant un mollard sur un agent balourd Ils me pourchassaient menaçants et retors... je sautais sur les toits comme un yamakasi. Les poulets me suivant je les traitais de porcs (j’allais bien parfois jusqu’à « sales nazis »).   J’esquivai des radis, piétinai des salades, perdis mon parapluie en frappant un drone... tandis que l’odeur, âcre, de plus e

Sans peur dans les yeux

  Incapable de dormir, je me baladais à une latitude très modérée, d’un air chafouin peut-être, traînant sur le bitume encore chaud mes pattes dégoûtantes. J’admirais la pleine lune qui se découvrait peu à peu quand je tombai nez-à-nez avec un être fébrile, d’une plumitive espèce, étendu sur le trottoir, mouvant difficilement, devant une tablée d’humains feignant de ne rien voir ni entendre. Juste au-dessus, la gouttière indiquait un nid de passereaux. De quelle race ? Je ne sais trop, le duvet m’étant désagréable en bouche, je n’avais jamais senti le besoin express de creuser le sujet des ovipares. En train de gésir, le petit me remarqua… Sans peur dans les yeux… Il est vrai qu’il n’avait plus rien à perdre. Croyant devoir s’expliquer, il interrompit ses gémissements, et livra tout à trac sa vérité : - J’ai entendu dire que quand on est perdu le mieux à faire c’est de rester où on est et d’attendre qu’on vienne vous chercher, mais personne n’aurait pensé venir me chercher ici.